« Bronxtet une certaine idée de l’élégance »

Article et croquis de François Robin sur Jazz-Rhone-Alpes.com le lundi 27 février 2017 :

Bronxtet, une certaine idée de l’élégance !

Soirée spéciale à l’Esplanade St-Vincent. Les jeunes luthiers viennois d’AltiCelli présentaient leur bébé : une contrebasse étonnante, petit gabarit mais grandes performances, avec un son généreux et un design très séduisant. Je vous avais proposé d’en suivre l’histoire sur le Contrebasse Tribute* pendant le Festival de Jazz à Vienne. C’était donc vendredi la présentation au temple et Pauline Peillon et Elie Hoffmann, les deux luthiers, n’en étaient pas peu fiers. Ils pouvaient l’être.

Pour faire sonner cette belle machine conçue dans les règles de l’art de la lutherie classique, il fallait une musique idoine, capable de légèreté comme de prestance. Assurément, ce sont deux des qualités de l’étonnant quartet « Bronxtet ». Créé en 2013, cette formation on ne peut plus classique prend chair autour des compositions magnifiques du pianiste François de Larrard, petites merveilles oniriques et voyageuses comme seuls savent les faire les sages et les amoureux.

Plus encore que le charme des thèmes – très mélodiques – à qui l’étonnant sax de Julien Couvrechef donne sa voix, c’est l’art du contrepoint qui enchante, ciselant un matériau musical d’une extrême richesse. Aucune forfanterie ne vient contredire cette élégance. La juste sobriété du batteur Laurent Pancot souligne, caresse, s’intercale avec l’intelligence d’un bon ami. La pétulante contrebasse AltiCelli promène sa jeunesse sous les doigts expérimentés de Jean-Paul Gouttenoire qui conduit sa musique comme on laisserait piaffer, avec souplesse, un jeune animal.

La musique bondit, virevolte, semble s’arrêter pour prendre le vent, s’alanguit sous la rondeur du sax. Au ténor comme au soprano, son phrasé fait merveille et donne tout son sens à cette écriture exigeante et raffinée.

Dans la salle, le charme opère, les sourires se dessinent, des yeux se ferment comme pour chercher la caresse des embruns, la douceur sauvage des paysages apprivoisés. Quelque chose de la mémoire barbare des premiers âges de Bron, le port d’attache auquel est amarré l’étonnant vaisseau « Bronxtet ». S’il passe prochainement à votre porte, un conseil : soyez du voyage !

François Robin & photos Daniel Peyreplane